Obsèques : le projet d’une « Sécurité sociale de la mort » relancé après la Toussaint

Au lendemain de la Toussaint, une idée qui circulait surtout dans les milieux militants refait surface dans la presse nationale : faire prendre en charge les obsèques par la Sécurité sociale, comme le sont déjà les frais d’une naissance. Dans un entretien publié par Reporterre le 31 octobre, le Collectif pour une Sécurité sociale de la mort détaille son projet. Le lendemain, une tribune d’universitaires reprise par Le Nouvel Obs retraçait l’histoire politique du prix des funérailles. De quoi s’agit-il, et que peuvent en retenir les familles aujourd’hui ?

Un constat partagé : des obsèques qui pèsent lourd #

Les deux textes partent du même point : organiser des funérailles coûte cher. La tribune publiée par Le Nouvel Obs, initialement parue sur The Conversation, retient un coût moyen de 4 000 euros en 2026. Alban Beaudouin, cofondateur du collectif et coauteur du livre Le Coût de la mort (Éditions du Détour, 2025), situe pour sa part le prix moyen « entre 4 000 et 5 000 euros, que ce soit pour une inhumation ou une crémation ».

Pour lui, la hausse remonte à l’ouverture du secteur à la concurrence par la loi Sueur de 1993. Il rappelle qu’un rapport de la Cour des comptes de 2019 relevait des prix progressant plus vite que l’inflation. Il insiste surtout sur le moment où le choix se fait : dans les heures qui suivent un décès, les proches distinguent mal ce qui est obligatoire de ce qui relève de l’option.

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Ce que propose le collectif #

Le projet, tel qu’il est exposé dans l’entretien, repose sur plusieurs piliers :

Un remboursement intégral, pas un forfait

Les obsèques seraient remboursées quel que soit leur coût, financées par une cotisation de 0,3 % du salaire brut. Le collectif écarte l’idée d’une somme fixe versée à chaque décès. Son exemple : faute de crématorium en Guyane, une crémation impose un déplacement jusqu’en Guadeloupe, et un forfait « couvrirait à peine les billets d’avion ».

Des prestations choisies par des citoyens

La liste des actes remboursés (cercueil, crémation, inhumation, toilette mortuaire, etc.) serait arrêtée par des « collèges funéraires » composés de citoyens tirés au sort.

Des opérateurs conventionnés

Seules les entreprises conventionnées, associant leurs salariés aux décisions et sans logique de profit, ouvriraient droit au remboursement, sur le modèle des médecins conventionnés. Le collectif évoque aussi un congé de deuil plus long, ouvert quel que soit le lien avec le défunt, et des séances de psychologue prises en charge.

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Côté politique, Alban Beaudouin indique que l’idée a surtout trouvé un écho à La France insoumise : une proposition de loi déposée par le député Hadrien Clouet serait restée bloquée en commission des affaires sociales sans être débattue. Le collectif cite enfin l’exemple de Genève, où, selon lui, les obsèques sont prises en charge par la collectivité depuis près de 150 ans.

Le débat de fond : niveau des prix ou transparence ? #

La tribune du Nouvel Obs, signée Alèxe Duvaut et Pierre Mirambet, apporte un éclairage complémentaire. Les auteurs relèvent que, malgré des enquêtes de consommateurs régulières, les pouvoirs publics n’ont jamais véritablement cherché à encadrer le niveau des prix. Le problème est aujourd’hui « cadré comme un problème de transparence, dans un marché concurrentiel ». Ils rappellent qu’à la fin du XVIIIe siècle, le système reposait au contraire sur une organisation destinée à garantir à tous l’accès à des obsèques.

C’est cette logique de transparence qui a guidé les dernières réformes : devis harmonisé distinguant les prestations obligatoires des options, puis, depuis le 1er octobre 2026, une notice d’information standardisée que les opérateurs doivent remettre et afficher, comme le rappelait Sud Radio le 2 novembre.

Ce qui existe déjà pour les familles #

En attendant un éventuel débat parlementaire, plusieurs aides existent et restent méconnues, de l’aveu même du collectif.

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Le capital décès. Pour le décès d’un salarié du secteur privé, d’un chômeur indemnisé ou d’une personne en arrêt de travail ou en invalidité dans les trois mois précédents, la Sécurité sociale verse un capital forfaitaire de 4 009 euros, non imposable, identique quel que soit le salaire, d’après la fiche officielle de Service-Public.fr. Attention au délai : les bénéficiaires prioritaires, c’est-à-dire les personnes qui étaient à la charge du défunt, ont un mois pour le demander ; les autres disposent de deux ans.

Les mutuelles. Certains contrats prévoient une participation aux frais funéraires : il vaut la peine de vérifier les garanties du défunt.

La commune. Lorsque la famille ne dispose pas de ressources suffisantes, la commune peut être tenue de prendre en charge les frais d’obsèques.

Bien lire un devis, dès maintenant #

Sans attendre une réforme d’ampleur, la meilleure protection reste le devis détaillé, gratuit et obligatoire. Les soins de conservation ne sont pas imposés hors situations particulières, pas plus qu’une cérémonie au funérarium avec exposition du corps, à ne pas confondre avec une cérémonie religieuse. Comparer deux ou trois devis, même dans l’urgence, permet souvent d’écarter des options que l’on n’aurait pas choisies à tête reposée.

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Quant aux contrats de prévoyance obsèques, le collectif met en garde : selon l’âge du décès, on peut avoir cotisé davantage que le capital versé. Avant de souscrire, il est utile de faire le calcul sur la durée et de comparer avec l’épargne que l’on pourrait constituer soi-même.

Que l’idée d’une « Sécurité sociale de la mort » aboutisse ou non, elle a le mérite de remettre au centre une question que chaque famille finit par se poser : qui doit payer, et combien, pour accompagner dignement un proche jusqu’au bout ?

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